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Sous le signe du henné

Sous le signe du henné

Qui peut inventorier toutes les préparations médicinales traditionnelles, tous les soins de beauté, toutes les superstitions rattachées au henné? Arbrisseau poussant dans les endroits secs, ses petites feuilles vertes et odorantes expriment, plus que toute autre plante, les liens puissants qui unissent les hommes aux éléments de la nature …

Les motifs, géométriques ou floraux, malgré leur aspect improvisé ne sont pas exclusifs à l’art du henné mais se retrouvent avec une ressemblance frappante dans d’autres formes d’expression: motifs de tapis, tatouages, signes Sur les poteries, bijoux … C’est dire que ces signes deviennent des miroirs enchantés qui reflètent un monde insaisissable. Seuls quelques indices, comme la présence de l’œuf sur la table de la nekkacha, et la symbolique universelle de la végétation nous permet de lier cette pratique aux rites de la fécondité.

Parmi les innombrables plateaux d’offrandes destinées à la mariée, trônent, aux côtés de l’or et des soieries, de petites feuilles vertes d’apparence rabougrie dont la symbolique a résisté au temps. Quelle joie à la vue de ce plateau de verdure d’où s’échappent les effluves discrètes mais entêtantes d’une plante associée au bonheur. Variations autour du même thème; certaines pratiques préfèrent la discrétion à l’étalage: les feuilles de henné seront emprisonnées dans des bourses en tissu vert damassé pour mieux les offrir comme un présent précieux à tous les convives.

La veille de la noce, une cérémonie ancestrale se prépare: le henné, fête des femmes parées de leurs plus beaux atours et réunies autour de la plus rayonnante de toutes, la mariée. Celle-ci, vêtue comme le veut la coutume d’un caftan vert, confie ses mains et ses pieds à la nekkacha, gardienne des traditions qui, telle une artiste, y dessine à partir d’une mixture de poudre de henné mélangée à du jus de citron et à de l’eau de fleur d’oranger, et prélève, avec un fin bâtonnet, des charmes dont la symbolique est à chercher au plus profond de notre mémoire.

Nous pourrions multiplier les scènes, tellement le henné jouit d’un statut particulier dans l’esprit des hommes. La cérémonie du henné, durant le septième mois de la grossesse, est censée faciliter l’accouchement. N’oublions pas que le mot « henné » se rattache au champ sémantique de « El m’hanna »’, affection, tendresse. Nos grands-mères disent encore « Henni bach ihen alikAllah », (mets du henné pour que Dieu te couvre de sa tendresse). Si l’on rajoute en plus les vertus médicinales du henné citées par le grand Ibn Sina, (plus connu en Occident sous le nom d’Avicenne), dans son Canon de la Médecine, si l’on pense à tous ses bienfaits dans le domaine de la beauté: coloration et soin des cheveux, hâle et douceur de la peau … on comprend la place qu’il occupe dans la société marocaine.
Ainsi les pratiques ancestrales, associant le henné, sont une œuvre de mémoire collective, à la fois figuratives et abstraites, austères et exubérantes, douces et épicées qui nous rappellent cette période – que la médecine alternative tente de reprendre à son compte ¬où l’être humain était considéré comme un tout indissociable, fait d’un organisme, d’un mental et d’un affectif.

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