Une exclusivité marocaine: l’arganier
Une exclusivité marocaine: l’arganier
On ne présente plus l’arganier, cet arbre aux multiples usages qui ne se trouve qu’au Maroc. Son fruit, la noix d’argan, est connu pour ses vertus culinaires, pharmaceutiques et cosmétiques. L’huile d’argan est très prisée pour assaisonner les salades, aromatiser le couscous, ou relever de nombreux plats. Sa forte teneur en acides gras insaturés fait de l’argan un remède efficace pour lutter contre l’artériosclérose. Les propriétés de la noix d’argan ne manquent pas: sous forme d’huile de massage ou de crème, on l’utilise pour les soins de la peau et des cheveux, pour faciliter la cicatrisation, pour soigner les rhumatismes, la varicelle, l’acné … Son bois est également exploité comme combustible, pour la menuiserie. Quant à son feuillage, il est utilisé pour le fourrage.
De part toutes ces propriétés, l’arganier est considéré comme une source de revenu ou de nourriture non négligeable pour l’usager. L’arganeraie représente 7% du couvert forestier marocain. Malheureusement, l’arganier est, aujourd’hui, victime de son succès. Exploité et surexploité, des milliers d’hectares ont déjà disparu et disparaissent encore à la vitesse de 600 hectares par an des zones arides du sud-ouest marocain. Au cours de ces 45 dernières années, la densité est passée de 100 arbres par hectare à 40.
Sa sauvegarde fait pourtant l’objet d’un dahir: celui du 4 Mars 1925. Ce dahir reconnaît le rôle social traditionnel de l’arganier et par conséquent propose une « réglementation plus souple » que « l’application pure et simple à ces forêts des règles protectrices établies dans l’intérêt général », règles, en effet, qui interdisent toute exploitation touchant les arbres et l’utilisation du sol.
Interdire l’exploitation de l’arganier serait en effet irraisonné, d’autant plus qu’il est le seul arbre forestier qui donne des fruits. Plus tard, le 1ére mai 1938, un arrêté précise l’intérêt écologique de l’arganier: «il importe d’en assurer la protection et la conservation afin que ces boisements continuent à jouer leur rôle physique sur l’hydrologie et la climatologie de la région ». Ce même arrêté définit plus précisément les droits de jouissance sur les boisements d’arganier. Par exemple, concernant le ramassage et la vente du bois mort, il est stipulé que son colportage peut se faire « à dos d’homme ou à dos d’animal, à l’exclusion de tout autre moyen de transport ». Une façon de limiter sa commercialisation à une dimension humaine. La cueillette des fruits et l’utilisation des sols pour le parcours des troupeaux sont de la même façon soumise à certaines conditions.
Une législation s’avère donc nécessaire pour sauvegarder cette relique du tertiaire qui appartient au patrimoine marocain. Mais il est difficile de surveiller les 828 000 hectares d’arganeraie: on compte 2 gardiens pour 30 000 ha. Par conséquent, les abus sont fréquents: surpâturage, surexploitation du bois, défrichage intempestif en faveur d’une agriculture intensive …